Retour sur la conférence Laudato Si’ le 24 septembre 2015

Retour sur la conférence Laudato Si’ le 24 septembre 2015

LaudatoSi1 Près de 120 personnes se sont rassemblées le 24 septembre dernier dans la grande salle du FEC à Strasbourg pour la conférence inaugurale de DECERE sur l’encyclique Laudato Si’. Après une introduction par Mme Annick de Montgolfier, présidente de DECERE, le fr. Bernard Senelle, président, a introduit les conférenciers, fr. Christophe Boureux, et Mme Astrid Helle, qui ont échangé leurs vues sur l’encyclique du pape François, avant un temps de question avec le public. Mgr Paolo Rudelli, représentant du Saint Siège au Conseil de l’Europe a conclu la soirée, dont vous pouvez voir ci-dessous quelques photos.

Fr. Christophe Boureux (op)*
[…] « Il me semble possible d’interpréter le diagnostic et les propositions de Laudato si’ en termes de diplomatie. Diplomatie entre les humains indissociable de diplomatie des humains avec la nature dans une relation de réciprocité responsable. Il s’agit d’édifier une citoyenneté écologique qui soit adéquate à une conversion écologique que le Pape appelle de ses vœux (217). Cette conversion implique gratitude et gratuité c’est à dire une reconnaissance du monde comme un don reçu.
Le Pape nous propose d’adopter la forme de vie qui, pour le chrétien, s’est manifestée dans les paroles et les actes du Christ. Or le Christ est un passeur, il est l’homme de la pâque, il est un médiateur et en ce sens un ambassadeur. […] L’ambassadeur (et le Christ a été un parfait ambassadeur en ce sens) doit savoir disparaître après avoir lui même initier une réunion entre des parties différentes, après avoir réussi à développer les potentialités de ceux qui se rencontrent en rencontrant la réalité qui leur est commune. L’ambassadeur doit disparaître, c’est à dire ne pas s’établir en concurrent des partenaires dont il a favorisé la rencontre.[…] L’ambassadeur est celui qui, par son autorité permet une circulation des propos, des relations, des paroles qui établit un passage qui fait que les frontières ne sont pas imperméables mais qu’elles deviennent au contraire des lieux de différentiation et de transit. L’art de l’ambassadeur, c’est l’art d’établir des relations au moment où elles sont le plus difficile à établir. Cette relation permet à chaque partenaire de se développer mutuellement et d’être dans une interdépendance consentie et heureuse.
L’encyclique, en proposant une éducation à la citoyenneté écologique, en faisant un abondant appel aux scientifiques de tous horizons, fait preuve d’un art consommé de cette grande diplomatie qui consiste à encourager sans condamner, sans non plus prétendre disposer d’un savoir définitif qui apporterait des solutions en court-circuitant le devoir de conscience et la responsabilité des acteurs concernés. Vous l’avez compris ; parler de diplomatie envers la nature c’est, pour l’humain que nous sommes, abandonner l’illusoire posture de maître et possesseur de la nature.[…] Le réel (les entités du monde et de la technique) nous rappelle sans cesse qu’il faut négocier avec lui comme sait le faire un ambassadeur et je cite le Pape : « Ajoutons un argument pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin des autres créatures, ce n’est pas nous, mais elles avancent toutes avec nous et par nous jusqu’au terme commun qui est Dieu. Chaque créature a une fonction, aucune n’est superflue » (83-84). Cette affirmation peut conduire à considérer l’humain comme étant en ambassade auprès des créatures….
Cette diplomatie est clairement décrite comme devant se dérouler à deux niveaux aussi nécessaires l’un que l’autre. Il s’agit d’une part de la diplomatie qui engage des négociations entre les hommes par le biais de toutes sortes d’institutions étatiques, nationales, internationales ou même locales et d’autre part de la diplomatie entre les humains et les entités non humaines.
[…] C’est très clair dans l’encyclique, la question écologique ne se limite pas aux changements climatiques. L’interdépendance entre les états va de pair avec une réaction globale qui implique en même temps la lutte pour la réduction de la pollution et le développement des pays et des régions pauvres. Le chemin de cette réaction globale passe par les cinq types de dialogue qui sont esquissés dans le chapitre 5 de l’encyclique. […] Parce qu’elle est une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète, cette écologie intégrale que nous présente Laudato si’ demande des négociations tous azimuts (nous sommes vraiment dans le cadre d’une diplomatie) dans l’esprit de dialogue que les prédécesseurs du Pape François (Paul VI et Jean-Paul II) ont particulièrement contribué à affirmer lorsqu’ils écrivaient (formule célèbre de Paul VI) : « le dialogue est le nouveau nom de la charité (au sens le plus évangélique du terme) ». […] Il va de soit que les grandes négociations politiques n’auront des chances de succès qu’en s’appuyant sur un consensus démocratique et populaire le plus large et le plus profond possible. Cet universalisme diplomatique est sans doute le meilleur garde-fou à la déception que ne manque jamais de susciter la recherche des compromis diplomatiques chez ceux qui se comportent en observateurs non concernés.
Le chapitre 2 de l’encyclique décrit la relation des humains aux autres créatures qui sont elles aussi un don de Dieu, et cela en termes de responsabilité, de louange, de gratitude reconnaissante, de soin mesuré et respectueux, de communion universelle dans laquelle toute cruauté sur une quelconque créature est contraire à la dignité humaine. Donc la profonde conscience du bien commun qu’est la planète conduit le Pape à rappeler un enseignement traditionnel de l’Église, à savoir le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens. « La tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée et elle a souligné la fonction sociale de toute forme de propriété privée. » (93). La base de la relation entre les humains et les autres créatures n’est donc pas l’utilité ou la propriété. Le pape suggère que la clé de la coexistence des créatures, dans leurs profondes différences, se trouve dans la capacité d’être en relation car quand la personne humaine sort d’elle même pour vivre en communion avec Dieu et avec toutes les créatures, cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale.
[…]Avec l’écologie intégrale de Laudato si’, les entités, quelles soient les plus technologiquement sophistiquées ou les plus naturelles sont toutes en attente des ambassadeurs qui les représenteront auprès des autres créatures. La véritable diplomatie dont notre planète a besoin sera celle où les humains, en se représentant eux-mêmes dans des institutions justes, seront aussi capables de représenter les entités non humaines, c’est à dire d’entrer dans un dialogue constructif avec elles. »
* Auteur de « Dieu est aussi jardinier ». Éditions du Cerf 2014.

Mme l’Ambassadeur Astrid Helle, Représentante Permanente de Norvège auprès du Conseil de l’Europe
[…] « On a souvent décrié trop vite l’évolution des dernières décennies et on a peint tout en noir. La réalité est tout à fait contraire. L’humanité n’a jamais été mieux nourrie, mieux éduquée et mieux soignée qu’aujourd’hui. Les droits de l’homme, de la femme et des enfants sont en progrès dans le monde entier. Les nouvelles infections de HIV ont chuté de 40%, le paludisme de 40% ; des progrès remarquables au niveau de la santé. Même pour l’environnement, tout ne va pas dans la mauvaise direction ; aujourd’hui la couche d’ozone  se reconstitue et 90% de la population a accès à l’eau. L’aide au développement atteint des niveaux record actuellement. La dette tant décriée est en réduction très forte dans tous les pays du monde (à l’exception de certains pays que nous connaissons en Europe) ; le poids de la dette dans les dépenses des états est en diminution et l’accès de l’humanité aux communications est en très forte hausse…. Les droits de l’homme progressent, avec bien entendu des exceptions. Pour les droits des femmes, il n’y aucun doute et maintenant il y a une prise de conscience des droits des enfants qui n’existait pas il y a quelques décennies.
[…] Le modèle politique de la démocratie est en évolution dans le monde entier y compris dans les pays émergents et les inégalités Nord-Sud sont moins évidentes. L’évolution économique est très forte dans de nombreux pays du Sud, bien plus forte que dans le monde occidental et dans de nombreux débats sur le développement aujourd’hui l’accent est mis sur les inégalités à l’intérieur des pays.
J’ajouterai un mot sur l’évolution démographique qui est quand même très peu mentionnée dans la lettre du Saint-Père. Actuellement, nous sommes 7 milliards ; nous serons 8 milliards en 2025 et 9,5 milliards en 2050. Plus de 2 milliards de personnes de plus qui vont manger, se loger, se déplacer, qui vont aller à l’école, à l’hôpital. Les régions en développement enregistreront la plus grande augmentation alors que les régions développées dont l’Europe resteront largement inchangées. […] Plus de la moitié de la croissance mondiale d’ici 2050 se produira en Afrique pour la simple raison que c’est en Afrique qu’il y a la tranche d’âge la plus jeune au monde. L’Afrique passera d’un milliard d’habitants actuellement à 2,5 milliards en 2050 pour atteindre 4 milliards en 2100. La population mondiale va augmenter d’environ 6% alors qu’en Europe elle va diminuer d’environ 14%. Ce qui est positif et ce qui va dans la direction de ce qui est dit dans la lettre du Pape, c’est que nous aurons de quoi nourrir ces deux milliards de personnes supplémentaires et le Saint-Père rappelle que déjà actuellement un tiers de toute l’alimentation qui est produite est gaspillée. En réduisant le gaspillage, on pourrait déjà nourrir deux milliards de personnes de plus. D’après les pronostics, grâce à cette alimentation suffisante et grâce à l’amélioration du niveau de vie et de la santé, l’espérance de vie continuera à augmenter dans le monde. Elle est actuellement de 69 ans, elle passera à 76 ans en 2050 et à 82 ans à la fin du siècle au niveau mondial, ce qui est aussi un progrès remarquable.
Que devons nous faire ?
Notre défi est d’assurer la dignité des hommes sur terre tout en protégeant l’environnement. Demain, au sommet des Nations Unies, l’agenda du programme des Nations Unies pour le développement des quinze prochaines années va être fixé. Pour la première fois, cet agenda intégrera le développement humain et le développement durable. Ceci est aussi dans l’esprit de la lettre du Saint-Père qui met en relation le développement de l’humanité avec l’environnement. Ce qui est nouveau aussi, c’est que ces nouveaux objectifs s’adressent à tous les pays.[…] J’ai parlé des grands progrès réalisés ces dernières décennies, mais la misère existe bien sûr toujours dans le monde ; il y a au moins un milliard de personnes qui vivent aujourd’hui dans un état de pauvreté absolue. Cette misère des uns, c’est la honte de tous. Comme disait Mandela, la pauvreté n’est pas un accident ; ce n’est pas une fatalité. Comme l’esclavage et l’apartheid, elle a été faite par l’homme et peut être supprimée par des actions communes de l’humanité. Le lien entre l’évolution de l’humanité et le respect des droits des femmes apparaît clairement ces quinze dernières années. Le progrès économique et social dans les pays où les femmes contribuent est sans commune mesure avec les pays où elles ne contribuent pas, où elles n’ont pas leurs libertés et leurs droits assurés. Le droit à l’éducation évidemment tout à fait à la base de cette avancée du droit des femmes.
Je pense qu’il y a une relation très étroite entre le message du Saint-Père et les objectifs du programme des Nations Unies pour le développement. »
Au Sommet sur le développement durable le 25 Septembre 2015, les États membres de l’ONU ont adopté un nouveau programme de développement durable, qui comprend un ensemble de 17 objectifs mondiaux pour mettre fin à la pauvreté, lutter contre les inégalités et l’injustice, et faire face au changement climatique d’ici à 2030.

Pour en savoir plus sur les progrès réalisés depuis l’an 2000 et les objectifs pour la période 2015-2030, consulter le site web du programme des Nations Unies pour le développement

 

 

 

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