Retour sur la soirée à l’ENA le 5 octobre

Retour sur la soirée à l’ENA le 5 octobre

Le 5 octobre dernier, DECERE organisait en partenariat avec le Conseil des Églises et le Groupe d’Amitié Islamo-Chrétien de Strasbourg une conférence à l’ENA sur le thème : « Dialogue entre les religions et lutte contre le radicalisme : l’expérience du Parlement Européen ». M. Antonio Tajani, premier vice-président du Parlement Européen, empêché au dernier moment, a été remplacé par son chef de cabinet, M. Capogrosso, dont l’intervention figure ci-dessous.

M. Tajani a fait parvenir un texte qui a été lu au début de la soirée :

Propos liminaire

Cher Mg Jean-Pierre Grallet, Archevêque de Strasbourg,

Cher M. Christian Albecker, Président du Conseil de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine,

Cher M. Philippe Gunther, inspecteur ecclésiastique,

Cher M. l’Abbé Jean-Georges Boeglin, délégué épiscopal à l’œcuménisme,

Cher François Brunagel, Président de DECERE

Mesdames, Messieurs,

Je suis vraiment navré de ne pas pouvoir participer à cette table ronde ce soir, mais des impératifs incontournables m’appellent à quitter Strasbourg dès ce soir. J’ai demandé à mon chef de cabinet, Fabrizio Capogrosso de bien vouloir vous porter ce message, témoigner de l’action du Parlement européen et participer en mon nom à la table-ronde.  Comme vous le savez, le thème en discussion ce soir est une priorité de mon mandat de député européen et de Vice-Président du Parlement européen responsable du dialogue inter-religieux.

Nous traversons une période difficile. L’Europe est touchée par des attentats brutaux comme ceux qui ont eu lieu à Toulouse, Bruxelles, Paris, Copenhague et Nice.

Ces actes de violence sont une mise en garde. Ils nous montrent la nécessité de défendre la paix, la tolérance et le respect des droits de l’homme.  Les groupes terroristes qui ont recours à la violence pour alimenter la haine et l’intolérance menacent les libertés fondamentales qui sont à la base de notre démocratie, de notre civilisation et de notre projet européen.

C’est sans parler de l’intention encore plus préoccupante d’un Califat islamique visant à attaquer l’Europe et à détruire toute forme de démocratie au Moyen-Orient.  Il est donc urgent de réagir et d’arrêter cette barbarie.  Pour ce faire, il n’est pas suffisant de prendre des mesures de sécurité et d’organiser des actions militaires.

Nous devons soutenir des idées et des valeurs, ainsi que promouvoir un projet commun d’inclusion sociale qui implique les jeunes avant tout.  Un projet visant à préserver l’intégrité et la diversité des cultures, en gérant le pluralisme dans une démocratie qui unit et ne divise pas ses propres citoyens.  L’intégration européenne est vraisemblablement le plus grand projet politique, économique et social de l’histoire de l’humanité.

Aujourd’hui, le défi de l’Europe, dont les racines judéo-chrétiennes ont été nourries au fil du temps par d’autres cultures et religions, notamment l’islam, consiste à veiller à ce qu’il reste des « justes dans la ville », comme l’a dit le rabbin Samson Raphael Hirsch, un commentateur biblique allemand du XIXe siècle.  Il faut rester fidèle à ses propres valeurs et traditions tout en donnant, en servant, les autres, par le biais du dialogue et de son engagement dans la vie publique.

Comme l’a déclaré le Pape François lors de son discours devant le Parlement européen,  « l’heure est venue de construire ensemble l’Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine ».  Pour parvenir à ce but, il faut nous atteler, une nouvelle fois, à promouvoir les idées des Pères fondateurs, ces valeurs qui constituaient la base même de la reconstruction européenne de l’après-guerre.

Si vous me demandez de caractériser la « Grundnorm » de l’Europe, ce principe fondateur et fondamental, ce concept si cher aux sciences juridiques allemandes, je n’aurai aucun doute: la « Grundnorm » de l’Europe, c’est la solidarité.  Aujourd’hui, plus de cinquante ans après l’œuvre de Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi, Robert Schuman et Jean Monnet, il est impossible d’oublier que les acquis de l’intégration européenne que sont la libre circulation des personnes, le marché unique, l’euro et l’élargissement aux pays de l’ancien bloc soviétique sont le résultat d’un cheminement placé précisément sous le signe de la solidarité.  Une approche qui, depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, a garanti 70 ans de paix, de prospérité, de justice et de liberté.

Dans ce contexte, le dialogue entre les religions joue un rôle central dans la promotion du projet de paix que représente l’intégration européenne.  Les religions sont dépositaires de trésors spirituels inestimables, notamment la prière, l’aumône et la miséricorde.  Même si certains de ces principes sont vécus de manière différente, ils n’en constituent pas moins la base des sociétés fondées sur la dignité humaine et la fraternité.  Le dialogue interreligieux peut contribuer à promouvoir ces valeurs et à relever des défis communs.  Dans toutes les religions, la vie humaine, un don du Dieu créateur, présente un caractère sacré.  Nous avons dès lors l’obligation de dénoncer et de condamner toute forme de violence en quête de justification religieuse. Quiconque tire au nom de Dieu, tire contre Dieu.  Les différences religieuses sont une richesse à la base de nos sociétés et d’une Europe qui est « unie dans la diversité ».  La violence des actes terroristes et des mots populistes qui ont comme seul but d’alimenter la haine et l’intolérance menacent les principes qui sont à la base de notre civilisation.  Il est urgent de réagir et d’arrêter ces tendances qui compromettent la coexistence pacifique de peuples avec identités et origines différentes.

Pour cela, j’insiste, il faut renforcer le dialogue entre les religions et à tous les niveaux de la société, soit-elle laïque, religieuse ou non-confessionnelle.  C’est avec cet objectif que j’ai structuré mon travail sur la mise en œuvre de l’article 17 du Traité qui concerne le dialogue interculturel et interreligieux.  Un dialogue qui doit appréhender nos problèmes sociétaux avec comme objectif trouver des solutions concrètes pour nos citoyens. Nous devons faire en sorte que les jeunes soient fortement impliqués et partagent ce projet basé sur des valeurs communes, sur le respect de la dignité humaine, le respect mutuel et la mémoire collective.

Comme cela a été mentionné la semaine dernière par le Grand Rabin du Royaume Uni et du Commonwealth, Lord Jonathan Sacks, durant une conférence de haut niveau sur le futur des communautés Juives en Europe.  À un moment où la mémoire de nos ordinateurs et de nos téléphones portables passent de kilobytes à gigabytes, Sacks transmet un message très important : « Nous ne pouvons pas déléguer la mémoire aux machines ; il nous faut constamment la renouveler, la partager aux générations futures. » Ceci car « celui qui est en mesure de raconter son passé, a déjà commencé a construire le futur de ses enfants.”

Je vous souhaite d’intéressants et utiles échanges ce soir et je prendrai connaissance avec grand intérêt de la teneur des débats que vous aurez eus. Je reverrai d’ailleurs, s’ils le veulent bien, les principaux protagonistes de cette réunion pour poursuivre nos échanges.  Je vous remercie.

Voici ensuite l’intervention de M. Capogrosso :

Conférence

Origine du dialogue interreligieux.

En 1994, Jacques Delors, président de la Commission européenne, a tissé les premiers liens officiels entre les institutions européennes et les communautés religieuses dans le cadre de l’initiative « Une âme pour l’Europe« , qui partait du constat que l’intégration européenne se devait de transcender la dimension purement économique et juridique.

Le Traité d’Amsterdam, adopté en 1997, tient compte, pour la première fois au niveau européen, de considérations religieuses et philosophiques. La déclaration n. 11 du Traite énonce le respect de l’Union pour le statut des Églises et des organisations non confessionnelles en vertu du droit national.

En 2003, un groupe de réflexion sur la dimension spirituelle et culturelle de l’Europe a été créé à l’initiative de Romano Prodi, président de la Commission, et chargé de réfléchir aux questions touchant aux valeurs importantes pour l’unification européenne.

Il a apporté sa pierre aux travaux de la Convention, chargée de rédiger le traité constitutionnel européen, à partir duquel a finalement été élaboré le traité de Lisbonne, adopté puis entré en vigueur en 2009.

Depuis la révision de Lisbonne, l’article 17 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne offre une base juridique inédite pour un dialogue régulier, ouvert et transparent entre les institutions de l’Union européenne, d’une part, et les Églises, les associations religieuses et les organisations philosophiques et non confessionnelles, d’autre part.

L’article impose également que l’Union respecte le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les organisations religieuses dans les États membres.

En septembre 2015, le Parlement européen a adopté une résolution sur la situation des droits fondamentaux dans l’Union.

L’un de ses droits, la liberté de pensé, de conscience et de religion, est garanti par la Convention européenne des droits de l’homme (article 9).

La résolution rappelle l’importance d’un État laïc et neutre comme rempart à toute discrimination contre l’une ou l’autre communauté religieuse, athée ou agnostique, qui garantisse un traitement égal de toutes les religions et croyances.

Action mené par le VP Tajani.

Depuis le début, l’objectif primaire des activités politiques menées par le Vice-Président Tajani dans le domaine du dialogue interculturel et religieux a été de renforcer le lien entre ce dialogue et la politique, en essayent de proposer des solutions concrètes aux défis contemporaines, comme entre autre celui de l’extrémisme et du radicalisme religieux.

C’est pour cela que des efforts ont été déployés pour associer au maximum les commissions parlementaires, les députés européens et la société civile au dialogue avec les représentants religieux et les organisations non-confessionnels.

Le but de ce travail a été d’établir des liens entre les débats menés par le Parlement dans le contexte de l’article 17 et la politique.

C’est pour cette raison que toutes les conférences ont été organisées en coopération avec les commissions parlementaires et, surtout, les Présidents de commission.

En plus, afin de renforcer le lien entre les débats thématiques et la recherche, le service de recherche du Parlement a été associé depuis le début aux travails.

C’est grâce à l’excellente coopération avec le ‘European Parliament Research Service’ que les sujets ont été approfondi aussi du point de vue de la recherche.

Mise en œuvre du dialogue.

En 2015, sous la présidence d’Antonio TAJANI, vice-président chargé du dialogue au titre de l’article 17, le Parlement a organisé trois manifestations de haut niveau, dont deux dialogues formels avec les églises et les organisations non confessionnelles et une manifestation extraordinaire en décembre.

L’année 2015 a été marquée par la montée du groupe « État islamique » et les attentats perpétrés à Paris en janvier et en novembre 2015, qui ont fait croître les niveaux de peur et de méfiance à travers l’Europe et dans le monde entier face à la menace que font désormais peser sur les sociétés ouvertes, libres et tolérantes ces extrémistes et idéologues violents.

La multiplication inquiétante des persécutions religieuses, notamment à l’encontre des communautés chrétiennes au Moyen-Orient, en raison du radicalisme islamiste et du djihad, a également constitué un point central des discussions.

Les thèmes du dialogue de l’année dernière ont donc traduit ces inquiétudes et tenté de faire face à la montée du fondamentalisme radical et d’examiner le rôle de la religion dans la promotion de la tolérance et du respect de la dignité humaine (mars), ainsi que le rôle de l’éducation dans la lutte contre ce phénomène (novembre).

La première conférence sur la monté du radicalisme et du fondamentalisme religieux et le rôle du dialogue interreligieux dans la promotion de la tolérance et du respect de la dignité humaine.

La première conférence a traité du rôle du dialogue interreligieux dans la lutte contre le fondamentalisme religieux et le radicalisme.

L’objectif était celui d’envoyer un message politique fort sur le rôle des religions comme solution et non comme problème.

Afin de faire le lien avec l’activité parlementaire, les différentes sessions étaient présidées par Mr. Brok, président de la Commission AFET et par Mr. Moares, président de la Commission LIBE.

Parmi les participants de haut niveau nous avions entre autres :

– le Grand Rabbin de Rome, Riccardo Di Segni,

– le Grand Rabbin de Bruxelles, Albert Guigui,

– le Président de la Conférence des Imams de France, Hassen Chalgoumi,

– Son Éminence le Métropolite Emmanuel de France,

– le premier Vice-Président de la Commission européenne, Frans Timmermans, et

– le Président du Parlement européen, Martin Schulz.

L’élément principal à retenir de cette conférence était que le radicalisme religieux pouvait être vaincu seulement avec l’aide des religions elles-mêmes. Car comme l’a dit le Vice-Président Tajani dans ses remarques: « les religions ne sont pas partis du probleme mais bel et bien des solutions.»

Ceci fut d’ailleurs repris par le Vice-Président Timmermans dans ses conclusions:

Aujourd’hui en effet, dans la société européenne, des minorités commencent à se demander si elles ont un futur en Europe. Certains de mes amis juifs me disent: « J’apprécie les efforts que vous faites, mais je ne suis pas sûr que ma place soit ici. » Certains de mes amis musulmans me disent: « Oui, je vous entends parler en permanence de l’antisémitisme et je sais que le sujet vous tient à cœur, mais savez-vous que ma sœur ne veut plus porter le foulard quand elle va l’école car elle a été agressée pour cela? Le saviez-vous, mes amis? » Je réponds alors: « Merci de me l’avoir dit, car c’est une chose que nous avons besoin de savoir. » Aidez-nous, s’il vous plaît, à désamorcer ce processus qui est en cours en Europe, qui oppose les minorités entre elles, qui nourrit la haine fondée sur l’exclusion de l’autre ou la vision de l’autre comme cause d’échec ou de malheur. Aidez-nous à enrayer ce processus. Car les religions, j’en suis convaincu, ont un rôle déterminant à jouer à cet égard”.

Quelques mois après la conférence, le Parlement européen a approuvé la résolution de Mme Rachida Dati.

La Résolution sur la prévention de la radicalisation et du recrutement de citoyens de l’Union par des organisations terroristes inclue, entre autres, des recommandations pour:

  • la prévention de l’extrémisme violent et de la radicalisation terroriste dans les prisons,
  • la prévention de la radicalisation terroriste sur l’internet,
  • la prévention de la radicalisation par l’éducation et l’inclusion sociale,
  • le renforcement de l’échange d’informations sur la radicalisation terroriste en Europe,
  • la prévention des départs et anticipation des retours de citoyens européens radicalises.

La deuxième conférence sur l’éducation.

Le deuxième dialogue, qui a eu lieu le 17 novembre 2015, avec les organisations philosophiques et non confessionnelles, a été dédié au rôle de l’éducation dans la lutte contre le radicalisme.

Parmis les participants:

– la Présidente de la commission de la culture et de l’éducation du Parlement européen, Mme Silvia Costa,

– le Rapporteur du Parlement européen chargée du rapport d’initiative sur le rôle du dialogue interculturel, de la diversité culturelle et de l’éducation dans la promotion des valeurs fondamentales de l’Union, Mme Julie Ward,

– le Président de la Fédération humaniste européenne, M Pierre Galand,

– le Secrétaire général de l’Association pour l’éducation interculturelle, Mme Barend van Driel, et

– le premier Vice-Président de la Commission européenne, M Frans Timmermans.

Pour reprendre les mots du Vice-Président Tajani:

« L’école est le pilier de la lutte contre le virus de l’intolérance.

C’est sur les bancs scolaires que l’on apprend l’intégration, le dialogue et la prise de conscience de la diversité culturelle qui est la richesse d’une société.

C’est à l’école que l’on apprend à se confronter aux prétendues vérités exclusives et à les combattre.

C’est cette prétendue vérité exclusive qui engendre la violence.

C’est le refus du dialogue qui s’exprime inévitablement sous la forme de persécutions, d’une volonté d’imposer aux autres sa vision du monde, dans la prétention de conversions forcées.

Par le culte du sang et de la mort.

C’est à l’école que l’on apprend le poids et la gravité inhérents à des visions particulières. Et c’est là, sur les bancs de l’école, que se forge l’identité civique européenne.

L’humanisme est comme une fleur qui se développe année après année. Mais qui éclot grâce à l’enseignement, à la recherche, au concept même de l’université »

Rappelons que, dans la déclaration de Paris qui a fait suite aux attentats terroristes de 2015 en France et au Danemark, le Conseil « Éducation » a déclaré que l’éducation devait également aider les étudiants à devenir des membres actifs et ouverts de la société.

Les ministres ont également indiqué que la principale mission de l’Union européenne était de soutenir et de coordonner les efforts des États membres en mettant en œuvre les priorités que sont l’apprentissage par les pairs et l’échange et la diffusion de bonnes pratiques dans le cadre stratégique pour l’éducation et la formation à l’horizon 2020.

La Commission a proposé, entre autres, de renforcer le rôle de l’éducation dans l’intégration des candidats à l’immigration en leur enseignant la langue et l’histoire du pays d’accueil et en leur fournissant des informations sur les institutions.

Le but de la conférence a été de donner des idées concrètes sur comment combattre le radicalisme par l’éducation.

Plusieurs idées et solutions ont été mises en avant. Entre autre:

– la nécessité de améliorer la qualité de l’éducation pour permettre aux jeunes de milieux défavorises de réussir;

– le rôle clé des matières telles que l’histoire, l’éducation religieuse ou les langues étrangères pour favoriser la compréhension mutuelle ;

– les possibilités offertes par les programmes de mobilité de l’Union européenne qui peuvent accroire l’engagement interculturel entre les jeunes.

Among the conclusions of the conference there was also the priority to work on a new humanism, as it was well explained par la Présidente de la commission de la culture et de l’éducation du Parlement européen, Mme Silvia Costa who stated the following:

« Aujourd’hui, l’enjeu pédagogique et culturel en Europe est non seulement de surmonter les approches idéologiques mais de coopérer dans la voie de la construction d’un nouvel humanisme fondé sur les valeurs universelles qui, en ce qui concerne l’Europe, sont inscrites dans la charte qui aujourd’hui fait partie intégrante de la Constitution européenne et engage ainsi toutes les parties à les connaître et à les respecter ».

Les conférences ad-hoc.

Depuis fin 2015 jusqu’à la semaine dernière, le Parlement européen, sous l’initiative du Vice-Président Tajani a organisé trois conférence de haut niveau pour discuter des problèmes auxquels font face les trois principales religions:

  • le 1er décembre 2015 sur la persécution des chrétiens dans le monde.
  • le 26 avril 2016 sur le rôle des communautés musulmanes et des femmes dans la lutte contre la radicalisation ;
  • le 27 septembre sur le futur des communautés Juives en Europe.

Étant contraint par le temps, je ne vais pas rentrer dans les détails de ces conférences mais juste vous donner un peu d’informations d’arrières plans et illustrer les conclusions principales.

Conférence sur les chrétiens.

D’après la World Watch List 2015 d’Open Doors, une mission de soutien aux chrétiens, le nombre de chrétiens torturés, violés et emprisonnés dans le monde se monterait à 150 millions. Ce chiffre, en augmentation constante, fait des chrétiens les croyants les plus persécutés au monde.

En octobre 2014, les chrétiens tués à cause de leur foi au cours de l’année passée étaient au nombre de 4 344.

Au moins 1 062 églises ont par ailleurs été attaquées, brûlées et détruites.

Et le massacre ne semble pas près de s’arrêter.

Les communautés chrétiennes qui subissent aujourd’hui les plus fortes répercussions de la pression fondamentaliste sont persécutées souvent parce qu’elles sont perçues et combattues comme des avant-postes de « l’Occident », comme les moteurs obstinés d’un expansionnisme « croisé » européen.

La conférence, qui a été la première sur ce thème au niveau du Parlement européen, a donc lancé un appel à défendre les valeurs sur lesquelles l’Europe s’est fondée et élevée.

Comme a été souligné par le Vice-Président Tajani :

« Il est vrai que l’Europe a conservé sa capacité à s’indigner, à saisir la portée historique de la cruauté dont elle est le témoin.

Elle semble pourtant incapable de réagir ou d’exercer une influence concrète en prévenant les trop nombreuses discriminations ou en luttant contre l’épuration ethnique et religieuse. Elle est incapable de tendre la main aux chrétiens persécutés et martyrisés qui luttent pour leur survie, qui incarnent des idéaux d’humanité et sont assassinés ».

Conférence sur l’Islam et les femmes.

Selon l’OSCE, la participation des femmes est essentielle pour s’attaquer aux conditions qui prédisposent au terrorisme et prévenir efficacement ce phénomène.

Comme la radicalisation s’opère souvent à la maison, les membres de la famille proche sont les premiers à pouvoir noter un changement dans le comportement d’un jeune.

Des éléments probants permettent d’affirmer que les familles, et en particulier les mères, ont également une forte influence pour dissuader les candidats potentiels de poursuivre leur radicalisation.

Le renforcement de l’autonomie des femmes au sein des familles, en leur donnant autorité et crédibilité, a été donc considéré comme essentiel dans la lutte contre la radicalisation.

Les liens qu’entretiennent les femmes au sein des familles et des communautés pourraient également permettre de diffuser des informations essentielles et d’exercer une influence qui alimenterait une action « légère » qui serait préventive et non violente.

Conférence sur les juifs.

Dans les dernières années, on a assisté à une intensification des actes violents contre les communautés juifs en Europe.

Les crimes motivés par la haine et les actes de racisme d’après l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, sont en augmentation.

En Allemagne, en un an ils sont passés de 4500 à presque 8000. Et ceci malgré le fait que l’Allemagne reste un modèle de lutte contre l’intolérance religieuse et l’antisémitisme.

Ces attaques perpétuées contre les Juifs d’ Europe amènent à un phénomène très préoccupant : un nouvel exode vers Israël.

Selon la Jewish Agency, près de 10 mille Juifs en 2015 se sont déplacés en Israël. Huit mille exclusivement de la France. Il s’agit du double par rapport à 2014.

Ceci est, malheureusement, le résultat de la persistance du climat de haine envers les Juifs: leur nombre qui était en Europe de 2 millions en 1991, a considérablement chuté à 1 million 400 000 en 2010.

Le but de la conférence de mardi dernier, à laquelle plusieurs personnalités ont participé, entre autre le philosophe Bernhard-Henri Levy, été de envoyer un message clair et forte aux communautés juives en Europe, que leur avenir coïncide avec l’avenir de l’Europe et de nous tous.

Dans les mots du Vice-Président Tajani, avec lesquelles je vais terminer mon intervention :

« Je crois profondément que les crises qui touchent de plein fouet nos pays : crise économique, crise financière, crise sociale, crise institutionnelle et politique reflètent avant tout un abandon de notre passé et de nos valeurs.

Souvent nous entendons parler de la confiance des marchés dans le secteur financier ou dans l’économie d’un pays. Mais ce que nous devons nous réapproprier c’est la confiance des gens dans nos valeurs de liberté, de multiculturalisme, de foi dans le prochain.

La vérité est que l’antisémitisme est un virus qui prend formes les plus diverses, et se cache derrière des idéologies d’extrême droite et d’extrême gauche. Mais l’essence est toujours la même : la haine de quelqu’un perçu comme différent ».

 

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