Retour sur le voyage d’étude à Bruxelles des 2 et 3 mars 2016

Retour sur le voyage d’étude à Bruxelles des 2 et 3 mars 2016

Monsieur Claude Marangé, membre de l’association, participait au voyage d’étude à Bruxelles organisé par Decere les 2 et 3 mars derniers autour du thème « Les éléments institutionnels et associatifs de la présence chrétienne au milieu des institutions européennes », et nous propose ce compte-rendu.

 

Nous étions 22 participants à ce voyage remarquablement organisé par Monsieur François Brunagel, Président d’honneur de l’Association pour la Promotion de l’Alsace en Belgique, Président d’honneur de l’Union des Alsaciens de l’étranger….

Première étape. La Commission européenne. Nous y fûmes accueillis par M. Benoît Woringer, directeur du Centre de visite de la Commission.

La Commission européenne siège à Bruxelles (21 000 fonctionnaires) et compte un certain nombre de services à Luxembourg. Elle dispose de représentations dans tous les États membres de l’UE et de 139 délégations dans le monde.

  1. Maroy et Woringer nous ont exposé le rôle de la Commission européenne en tant qu’organe exécutif politique de l’Union européenne en s’attardant sur les nouvelles modalités d’organisation du travail autour des dix priorités politiques définies par le Président Jean-Claude Juncker assisté de sept Vice-Présidents qui pilotent chacun une équipe de projet en étroite relation avec les priorités retenues (cf site web de la Commission onglet « Équipe de projet »).

Deuxième étape. La thématique du dialogue de la Commission européenne avec les religions relève de l’Unité Droits fondamentaux et Droits de l’enfant de la Direction générale Justice et consommateurs. Les modalités d’organisation de ce dialogue nous ont été présentées par M. Vincent Depaigne.

Ce dialogue a été initié par le Président Delors. (« Au début des années 90, Jacques Delors […] lance le programme « Une âme pour l’Europe », où il invite Églises, religions et associations de conviction à contribuer à la relance du projet européen à partir des questions fondamentales de sens. Ce programme reste juridiquement informel, le Parlement européen refusant de le financer. Il disparaît à la fin des années 90, victime de la crise de la Commission Santer. » Extrait de la conférence de Fr. Ignace Berten – Strasbourg, 1er juin 2014.)

Aujourd’hui, le TFUE (Première partie, Article 17) offre une base juridique à ce dialogue.

  1. L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
  2. L’Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
  3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

Dans l’UE, chaque État peut librement définir ses relations avec les religions et il n’y a aucune volonté d’imposer un modèle unifié au niveau européen. L’UE reconnaît le pluralisme religieux et n’exclut personne du dialogue.

Comment s’organise ce dialogue concrètement ?
Il y a deux niveaux. Celui qui a été confié au premier Vice-Président Frans Timmermans (dialogue de « haut niveau ») a une forte connotation politique et porte sur des sujets de politiques européennes à propos desquelles les organisations religieuses apportent une contribution spécifique. C’est un dialogue qui, par nature, doit être aussi informel que possible avec un nombre d’interlocuteurs limité. (cf Dialogue with churches, religious associations or communities and philosophical and non-confessional organisations)
Le second niveau concerne le travail des services de la Commission avec ses partenaires. Le format n’est pas spécifié par les traités, il peut donc varier selon les partenaires et selon les priorités. Le dialogue est guidé par les grandes priorités de la Commission. L’année dernière, la priorité a été donnée aux questions relatives à la tolérance, au vivre-ensemble, à la lutte contre la radicalisation. Cette année traitera des questions d’intégration (pratiques religieuses, laïcité…) des bénéficiaires du droit d’asile. Des réunions de travail avec la COMECE se sont tenues sur la question de l’accueil des réfugiés qui est typiquement une question où les organisations religieuses ont un apport spécifique dû à leur expérience particulière et leur présence sur le terrain.

Autres thématiques abordées : la dimension sociale de la construction européenne, le futur de l’UE, l’éducation en marge d’autres sujets puisque ce domaine relève essentiellement des compétences des États membres.

Troisième étape. Le défi du marché numérique présenté par M. Éric Peters de la Direction générale Réseaux de communication, contenu et technologies.

Ce défi s’inscrit dans l’une des dix priorités évoquées précédemment : le marché unique numérique. Il s’agit de supprimer les obstacles pour exploiter pleinement les possibilités offertes par internet. Avec Eric Peters, nous sommes projetés dans les années 2030-2050 qu’il faut, maintenant, sérieusement préparer.

Avec un bref retour sur le contexte dans lequel cette priorité a été retenue, M. Peters témoigne de l’évolution du travail du nouveau collège de la Commission sous l’impulsion du Président Juncker. Les résultats des élections européennes (2014) qui exprimaient un grave mécontentement et une dangereuse montée des populismes imposaient des changements. Il fallait cibler les priorités sur un certain nombre d’enjeux stratégiques, le marché unique numérique en est un. Le sentiment, au niveau politique, que quelque chose d’important se joue dans le monde numérique et l’évolution technologique très rapide des outils expliquent aussi le choix de cette priorité. 90% des données qui circulent sur internet n’existaient pas il y a deux ans. Il y a quarante ans, seuls les personnes et les biens (les idées aussi!) voyageaient dans le monde. Avec la globalisation, les modes opératoires sont en totale rupture avec ce que nous avons connu. Uber, première société de transport au monde ne possède pas une seule voiture. Airbnb, qui a une capitalisation aujourd’hui équivalente à une grande chaîne d’hôtels de luxe, n’a pas un seul appartement, ni un seul hôtel….

Cette évolution très rapide provoque des ruptures dans l’économie. Les grandes questions posées par ces évolutions sont de deux ordres. Le premier est d’ordre économique pour s’assurer que les acteurs dominants ne monopolisent pas le pouvoir et puissent être contestés (cf la révolution industrielle entre 1850 et 1910 et la lutte contre les trusts). Aujourd’hui les trusts sont les grands acteurs d’internet (principalement américains) qui sont extrêmement puissants et il faut veiller qu’ils n’utilisent pas cette puissance pour écraser d’autres qui arrivent sur le marché. Le deuxième ordre très important concerne la protection sociale. Les ruptures extrêmement rapides, fortes, ne peuvent pas être absorbées à l’échelle d’une génération. De nombreuses personnes vont devoir changer d’emploi, des secteurs complets de l’économie vont disparaître. Il y a des effets de transition très importants et les pouvoirs publics doivent les accompagner.

D’autres ruptures sont induites par ces révolutions technologiques. On voit bien qu’à travers l’homme « augmenté », les réseaux sociaux, la relation entre le virtuel et le réel, les comportements vont changer. Aujourd’hui, on se connecte à l’internet pour rechercher une information, mais de plus en plus on vous proposera des informations que vous n’avez pas demandées et qui vous intéresseront. On vous connaît, on sait où vous habitez, à quelle heure vous vous levez, ce que vous mangez…. on connaît même le parcours de votre pointeur sur l’écran de votre ordinateur, votre assureur connaît votre rythme cardiaque…. Toutes ces problématiques autour de la collecte des données et du libre arbitre sont posées. Vous êtes dans votre voiture, vous passez près d’un restaurant, votre ordinateur de bord sait que vous avez faim parce que les capteurs chargés de la gestion de votre sécurité ont mesuré une diminution de votre taux de sucre, et il vous propose une pause restauration…. Est-ce que le restaurant indiqué est celui qui a payé le plus cher pour être proposé ? Ou bien est-ce le meilleur ? Sur quelles bases ces choix sont-ils faits ?

Émergence de tout un ensemble de problématiques de nature sociétale, les questions d’égalité, de solidarité…. Jusqu’à quel point peut-on discriminer ?  Il y a bien sûr des questions éthiques qui se posent sur la manière de gérer les relations entre l’homme et la machine. Et la question encore plus générale porte sur le rapport à ce qu’on considère comme étant le progrès. Aujourd’hui la Commission n’a pas prise sur toutes ces questions passionnantes parce qu’elle n’en a pas le mandat, que ce n’est pas simple et que les indicateurs qui permettraient d’établir une politique dans ce domaine manquent.

Revenons à l’agenda numérique, la feuille de route est très concentrée ; 16 mesures autour de 3 piliers et 18 mois pour les réaliser.

  1. Améliorer l’accès aux biens et services numériques
    Aider à faire du monde digital de l’UE un marché transparent et de niveau pour l’achat et la vente.
  2. Un environnement propice au développement des réseaux et services numériques
    Concevoir des règles en phase avec l’évolution technologique et favorisant le développement des infrastructures.
  3. Le numérique: un moteur de la croissance
    Faire en sorte que l’économie, l’industrie et l’emploi en Europe tirent pleinement parti des possibilités offertes par le numérique.

Pour d’éventuels approfondissements, consulter le site web de la Commission

Au delà des milliards d’euros à engager dans ces projets très techniques, des enjeux économiques et des milliers d’emplois à la clef, les réflexions sur la notion de progrès restent bien présentes dans le groupe. Éric Peters précise que l’Europe a de grands défis à relever, géopolitique, économique, le futur avec une croissance faible, plus qualitative que quantitative. Aujourd’hui, le collège est concentré sur la question de l’emploi parce qu’il y a une grande souffrance sociale. Le Président Juncker disait récemment : « le 29ème État-membre de l’UE compte environ 25 millions d’habitants qui sont les 25 millions de chômeurs en Europe. » Il faut trouver une réponse à ce problème. Organiser des séminaires, des colloques avec des intellectuels, philosophes, sociologues, anthropologues…. qui ont des référentiels bien différents de ceux des « policymakers » qui sont en charge de l’action, risque d’être peu productif. La meilleure réponse dans ce domaine passe par l’éducation, la transmission de valeurs intégrées à la personnalité et aux générations à venir. L’articulation entre l’éthique, le spirituel, le technologique et l’action est très importante mais si, au départ, il n’y a pas de terreau commun d’éducation, ce sera très difficile. Des groupes comme DECERE doivent participer aux réflexions sur les questionnements du sens et les rendre accessibles aux décideurs qui travaillent dans l’institution.

Autre aspect à mentionner : la dialectique entre État-nation et fédération, la question de la souveraineté. Cette question ne peut plus être abordée sans avoir présent à l’esprit le phénomène d’« uberisation ». Des structures privées vont émerger et interagir directement avec les collectivités, vont fournir des services (habituellement attendus des collectivités ou de l’État ; sécurité, assurances, services sociaux…) plus performants que ceux du secteur public actuel qui risque donc de devenir une coquille vide….

 

En soirée, nous avons rejoint la brasserie « À la Rose » sur la Grand-Place pour un dîner organisé par les « Alsaciens de Belgique » et présidé par Mgr Jean-Pierre Grallet présent à Bruxelles pour l’assemblée plénière de printemps de la COMECE. Ce fut un grand moment de convivialité et de partage où nous avons apprécié quelques spécialités culinaires belges.

 

Quatrième étape. Rencontre avec les responsables du dialogue interreligieux au Parlement européen : MM. Fabrizio Capogrosso, chef de cabinet du Vice-Président Antonio Tajani, chargé de la mise en œuvre de l’art. 17 du Traité de Lisbonne et Fearghas O’Beara, Assistant du directeur général des Services de recherche parlementaire.

Comment lier le dialogue entre les religions (ou les organisations philosophiques) et les institutions européennes à l’actualité politique ? Traditionnellement de grandes conférences étaient organisées sans véritables retombées en termes de finalisation politique. Le Vice-Président Antonio Tajani a modifié le format de ces conférences afin d’aboutir à des prolongements politiques. Un exemple. En mars 2015 a été organisée la première conférence réunissant des responsables religieux de toutes les confessions sur le thème de « la montée du radicalisme et du fondamentalisme religieux et le rôle du dialogue interreligieux dans la promotion de la tolérance et du respect de la dignité humaine ». Pour avoir un lien concret avec la politique, deux commissions parlementaires (affaires étrangères, libertés civiles justice et affaires intérieures) représentées par leur président, ont participé à la conférence afin de provoquer des débats en commissions pour que le Parlement puisse faire des propositions à la Commission européenne chargée du dialogue avec les experts religieux. Mme Rachida Dati a fait un rapport sur la prévention de la radicalisation qui a contribué à la politique européenne sur le sujet. En 2015, la Commission a fondé un centre d’excellence de chercheurs et d’associations qui travaillent sur le terrain (radicalism award network) pour faire face à ce problème et elle a libéré des moyens financiers pour lutter contre le radicalisme. On est donc parti d’une conférence avec des religieux, des experts, qui a généré des débats et des réactions politiques sous forme de financement et de législation.

Une autre conférence du même type s’est tenue en novembre 2015 avec les organisations philosophiques et non confessionnelles sur le thème : « Comment, grâce à l’éducation, lutter contre le radicalisme et le fondamentalisme en Europe ? ». L’éducation est une compétence exclusive des États membres, mais l’UE peut donner des indications afin de mieux coordonner les politiques nationales. Mme Julie Ward de la Commission de la culture et de l’éducation a fait un rapport sur « le rôle du dialogue interculturel, de la diversité culturelle et de l’éducation dans la promotion des valeurs fondamentales de l’Union ».

Vu les nombreux problèmes qui se posent dans ce domaine, on ne peut pas se limiter à une conférence avec les Églises et les religions, une conférence avec les organisations non confessionnelles par an. Un problème peu médiatisé en Europe est, par exemple, les violences et persécutions contre les chrétiens dans le monde. En décembre 2015, le Vice-Président Tajani a conduit une « réunion ad hoc de haut niveau » sur cette question avec des chrétiens de différents pays du monde qui sont venus témoigner. Après des négociations difficiles avec des groupes politiques qui ne souhaitaient pas aborder cette question, une résolution a été votée au Parlement européen en février 2016 ; résolution qui demande à la Commission européenne et au Conseil européen de reconnaître comme génocide la persécution des minorités chrétienne et yézidi en Syrie et en Irak.

Pour 2016, nous avons planifié quatre moments forts : le 26 avril, une « réunion ad hoc de haut niveau » avec les Communautés musulmanes sur le thème de la déradicalisation en Europe en donnant beaucoup d’espace aux rôles des femmes dans ce processus de déradicalisation (la commission parlementaire pour les droits de la femme y participera), fin juin, une conférence sur le rôle des religions dans la crise des réfugiés, en automne une conférence sur un thème qui reste à préciser avec les organisations philosophiques et humanistes et en fin d’année une « réunion ad hoc de haut niveau » avec la Communauté juive pour étudier les problèmes rencontrés par les Juifs en Europe (avec la commission parlementaire pour les Droits humains).

Notre visite au Parlement s’est bien entendu achevée par le parlamentarium.

Cinquième étape. La Maison de l’Alsace où nous fûmes accueillis par Cédric Virciglio, Directeur du Bureau Alsace Europe.

François Brunagel nous a présenté l’association pour la promotion de l’Alsace en Belgique, dont il est Président d’Honneur. Créée en 1979 à Bruxelles, cette association constitue la structure d’accueil pour les Alsaciens qui vivent en Belgique ou souhaitent s’y installer. Elle a pour but d’identifier, de favoriser, de stimuler et de soutenir toute action visant à promouvoir l’Alsace et ses représentations à l’étranger. Elle présente cette singularité d’avoir fondé en 1990 le Bureau Alsace Europe comme outil de représentation unique des collectivités territoriales et organismes consulaires alsaciens auprès de l’Union européenne.

Cédric Virciglio nous a présenté les missions et les partenaires du Bureau Alsace Europe.

Ses principales missions :

  • Assurer la représentation des intérêts de ses partenaires auprès des institutions européennes.
  • Assurer une veille informative des politiques et programmes communautaires d’intérêt pour ses partenaires et les alerter des développements susceptibles d’avoir un impact sur leur stratégie.
  • Accompagner le cheminement des projets européens de ses partenaires, du stade de leur conception à celui de leur examen par les services compétents des institutions européennes.
  • Coordonner en région les affaires européennes de ses partenaires, afin de favoriser un échange transversal d’informations, de créer des synergies, de faciliter la programmation conjointe des activités et d’optimiser l’adéquation des priorités locales avec l’agenda européen.

Les dix partenaires financeurs : la Région, l’Eurométropole de Strasbourg, le Conseil Départemental du Bas-Rhin, le Conseil Départemental du Haut-Rhin, Mulhouse Alsace Agglomération, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Région, la Communauté d’Agglomération de Colmar, la Chambre de Métiers d’Alsace, la Chambre d’agriculture d’Alsace et l’Université de Strasbourg.

Pour d’éventuels approfondissements : consulter le site web du Bureau Alsace Europe

Sixième étape. Rapide passage par la COMECE (Commission des Épiscopats de la Communauté européenne) où nous fûmes accueillis par Mme Johanna Touzel, Porte parole et responsable presse, qui nous a présenté l’organisation, précisément en pleine assemblée plénière de printemps sur le thème de la vocation de l’Europe à promouvoir la Paix dans le monde. Pour plus de détails ; consulter le site web de la COMECE où nous apprenons, entre autres, la nomination de Fr. Olivier Poquillon op, Prieur du couvent des dominicains Saint Pierre Martyr à Strasbourg, comme nouveau secrétaire général pour un mandat de trois ans. Félicitations à Fr. Olivier et nous lui souhaitons beaucoup de réussite dans sa nouvelle fonction.

Septième et dernière étape. Rencontre avec le Secrétaire Général de la CEC (Conference of European Churches), Fr Heikki Huttunen assisté du Dr. Torsten Moritz et du Rev. Frank-Dieter Fischbach.

Fr Heikki Huttunen. La CEC, Conférence des Églises européennes, fut fondée en 1959 , elle regroupe des Églises protestantes, anglicanes et orthodoxes. Pendant la guerre froide, la grande mission de la CEC était de construire des ponts entre l’Est et l’Ouest en Europe. À l’époque, cette ouverture pour les Européens de l’Est était très importante. L’histoire et le travail traditionnel de la CEC se concentrent sur le dialogue entre les Églises ; dialogue théologique mais aussi sociologique ou pastoral. Jusqu’à l’année passée la CEC avait son siège à Genève (elle fait partie de l’œcuménisme genevois) et nous avons rejoint les autres parties de notre tradition à Bruxelles tout en continuant à avoir un Bureau à Strasbourg. Les autres traditions dans notre organisation sont la CCME (Churches’ Commission for Migrants in Europe) fondée en 1964 et la CSC (Church and Society Commission) fondée au début des années 1960 pour assurer la présence des Églises auprès des institutions de l’UE. La CEC œuvre dans toute l’Europe et pas seulement dans l’UE.

Dr. Torsten Moritz est intervenu pour préciser les missions de la CCME (Commission des Églises auprès des migrants en Europe) et son positionnement par rapport à la CEC. La CCME a principalement deux objectifs : travailler en réseau avec les Églises d’Europe et assurer les relations avec les institutions de l’UE et le Conseil de l’Europe.

Dans la crise actuelle, nous nous efforçons de rechercher quelles pourraient être les alternatives pour un accès plus régulier, plus légal, à l’Europe afin de réduire les mouvements spontanés qui sont actuellement si difficiles à gérer.

Nous participons à l’organisation de la solidarité entre les Églises du nord et celles de Grèce ou d’Italie qui accueillent des migrants. Beaucoup d’Églises du sud de l’Europe se sentent très seules dans ce travail d’accueil des migrants et nous essayons de les aider. Les manifestations spontanées de charité sont bien sympathiques mais manquent souvent d’efficacité.

Auprès des institutions européennes, nous plaidons pour l’amélioration des dispositifs d’asile malheureusement très faibles aujourd’hui et qui ne peuvent pas faire face aux défis. Nous plaidons pour un système de distribution plus juste, plus solidaire, et pour un système qui prend beaucoup plus en considération les préférences des demandeurs d’asile.

Comment l’Église catholique est-elle institutionnellement impliquée dans la CCME ? Nous avons une coordination informelle entre les organisations, la COMECE, the Jesuit Refugee Service (JRS – Service Jésuite des Réfugiés), la commission internationale catholique pour les migrations, Caritas Europe, pour élaborer des positions communes. 85% des positions que nous publions sont des positions partagées avec nos partenaires catholiques. La CEC travaille aussi avec des Conseils d’Églises dans différents pays et l’Église catholique est souvent membre de ces Conseils. Les catholiques sont très actifs dans le Conseil œcuménique de nombreux pays européens et ils sont ainsi associés à nos actions.

Fait-on une distinction entre migrants économiques et réfugiés politiques ? Nous sommes fidèles aux définitions de la Convention de Genève. Y a-t-il une si grande différence entre quelqu’un qui fuit son pays d’origine parce qu’il n’a rien à manger et quelqu’un qui est l’objet de persécutions de nature politique, religieuse ou autres ? La Convention de Genève et toutes les directives européennes qui en découlent sur le statut des réfugiés sont d’excellents instruments qui ne répondent pas complètement aux besoins actuels mais la réouverture de cette convention et des directives européennes aggraverait la situation vu les climats politiques actuels. Notre approche pragmatique est d’en rester aux définitions traditionnelles.

A propos de l’accueil des réfugiés, nous pensons qu’il faut leur donner des cours de langue, de la formation professionnelle qualifiante dès leur arrivée, dès les premiers jours. Le processus de reconnaissance des demandes d’asile est souvent très long, mais il faut les former le plus vite possible même s’ils n’ont pas le projet de rester là où ils sont, cela peut être très utile au moment du retour. Ces migrants ont surmonté de grandes épreuves, ils sont déterminés, actifs dans la recherche de solutions et nous ne devons pas les abandonner dans des camps où il n’y a rien à faire et où ils perdent leur temps. Les délais d’obtention de permis de travail ont diminué mais la reconnaissance des compétences est encore extrêmement difficile.

Rev. Frank-Dieter Fischbach. Comme vous, nous travaillons pour l’Europe, mais quelle Europe ? Dans les années 1960, des fonctionnaires chrétiens de la Commission européenne se sont interrogés : que faisons-nous ici ? Est-ce simplement pour mettre au point des mécanismes et des outils destinés à développer le marché ou est-ce qu’il y a une vision ? On a fondé une association et on a commencé à travailler sur des questions de politiques européennes lors de rencontres régulières avec des Églises.

On s’est engagé dans la CEC de Genève pour faire des ponts entre l’Est et l’Ouest pendant la guerre froide et on a observé les développements politiques à Bruxelles fondés sur la recherche d’une paix durable, sur la réconciliation entre la France et l’Allemagne…. Nous partagions cette attitude positive de la CEE, et nous nous sommes installés ici pour travailler avec elle. Le dialogue avec les institutions européennes est au cœur de nos activités. Ici tout le monde connaît l’article 17 du TFUE, c’est la base de notre travail.

Nous travaillons avec les institutions européennes sur de nombreuses problématiques ; l’emploi, la pauvreté, des questions sociales et environnementales, l’écologie, des questions relatives au droit de l’homme, l’éducation, la bioéthique…. Depuis les attentats de Paris et Bruxelles, la question des religions dans les sociétés européennes, dans les espaces publics, la question du vivre ensemble interculturel, interreligieux, sont très présentes. Notre comité directeur a demandé d’intensifier les travaux sur ces questions parce que la place des religions dans les sociétés fait débat. Ces questions se posent d’une façon très différente d’un pays à l’autre. Il suffit de penser à l’instruction religieuse à l’école par exemple… Au niveau politique la question de la liberté religieuse et les problèmes des persécutions religieuses sont de nouveau à l’agenda. Les européens sont surpris du retour du religieux.

Y a-t-il différentes approches de ces questions parmi les traditions religieuses qui composent la CEC ? Il y a bien sûr des différences, par exemple à propos de l’éducation religieuse. Pour l’Église anglicane en Angleterre, l’éducation religieuse à l’école est une éducation ouverte qui n’est pas plus protestante que catholique ou autre, elle intègre les principes de la religion chrétienne, les valeurs chrétiennes. Dans d’autres pays, l’éducation religieuse orthodoxe ou protestante peut être avoir un caractère plus confessionnel.
L’attitude politique de l’Église ne dépend pas seulement de la tradition théologique ou spirituelle, mais surtout de la tradition politique du pays et de la position politique de cette Église. Les Églises minoritaires se reconnaissent quelque soit leur tradition théologique. Pour les Églises majoritaires, c’est beaucoup plus compliqué. Dans les pays ex-communistes par exemple, on est encore dans un processus de redéfinition après le communisme. Quelles sont leurs relations avec l’État ? Avec la nation ? Quelle doit être la contribution de l’éthique chrétienne à la discussion politique ou sociale, dans la législation…. Il y a des pays où la religion chrétienne joue un rôle dans l’identité nationale et on peut se demander si cette identité chrétienne peut être de nouveau utilisée par les forces politiques ; par exemple la crise en Ukraine a un côté religieux très compliqué, mais pour comprendre la situation actuelle en Ukraine, il faut nécessairement comprendre la situation religieuse de ce pays.

À propos de l’islam, il y a localement beaucoup d’initiatives de dialogues et les communautés islamiques sont très différentes d’un pays à l’autre. Certaines communautés musulmanes sont déjà bien établies dans les différents pays européens et la réflexion dépend de leur position dans la société, de l’intégration…. Il y a des pays où on peut trouver une organisation qui représente plus ou moins tous les musulmans, dans d’autres, c’est très difficile…. Pour la rencontre annuelle du Vice-Président Frans Timmermans avec les représentants des Églises et des religions, la Commission européenne a toujours des difficultés pour trouver le (les) représentant(s) de la religion musulmane en Europe.

Il y a aussi des développements intéressants. Dans quelques pays se développe l’instruction religieuse musulmane à l’école. On a donc besoin de professeurs d’islam pour les écoles. De jeunes étudiants en théologie islamique, nés dans le pays et qui en connaissent très bien la culture (Allemagne, Suède par exemple), sont formés dans des institutions universitaires. On développe ainsi une intelligentsia, un groupe de jeunes théologiens islamiques européens et peut-être verra-t-on se développer un discours européen de l’islam.

Pour d’éventuels approfondissements : consulter le site web de la CEC, de la CCME.

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